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Yannick Seigneur

"A la conquête de l'impossible"
(Editions Flammarion - 1976)

[Extrait : "Puis j'avais quitté les Alpes pour l'Himalaya et là, réellement, j'avais retrouvé les sommets des précurseurs de l'alpinisme, les montagnes où il fallait tout inventer. [] Etait-ce pour cette raison que j'avais perdu une partie de mon enthousiasme pour les Alpes ? Oui, peut-être, mais aussi pour d'autres raisons que je cherchais à définir. Il y avait d'abord que cette montagne était devenue sale, sales les abords des refuges, sale le pied des voies, sillonnées de téléphériques, malodorantes à cause de l'hélicoptère quelquefois. Les refuges n'étaient plus des refuges, mais des hôtels où sévissaient quelquefois des gargotiers énervés, recevant les grimpeurs, non comme des amis à qui l'on offre une soupe, mais comme des touristes à qui il faut prendre leur argent []. Et puis à côté des ces montagnes qui se déradaient, il y avait les grimpeurs qui ne venaient pas pour escalader des montagnes sauvages, hostiles, inconnues, mais pour escalader une paroi bien répertoriée, un trajet d'itinéraire décrit dans un guide Vallot, très précis. La course devenait une suite de passages cotés, et les montagnes des toiles d'araignées d'itinéraires répertoriés. Les détails de cette escalade, les relais devenaient des finalités en soi. Le sommet importait peu ou, s'il importait, c'était pour conclure. Mais ce n'était pas une montage qu'ils escaladaient, ces grimpeurs, c'était un itinéraire, un pointillé sur une photographie".]



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